Il était une fois un homme nommé Ariston, connu dans tout le pays pour sa richesse. Ses greniers débordaient, ses coffres étaient pleins, et ses terres s’étendaient plus loin que l’horizon. On disait de lui qu’il avait « réussi » sa vie, car rien ne lui manquait.
Un jour, Ariston apprit qu’un grand Roi allait traverser son royaume. On racontait que ce Roi possédait un royaume éternel, où ni la rouille ni le temps ne pouvaient détruire quoi que ce soit. Ariston se dit :
« Je vais acheter une place dans ce royaume. Après tout, tout s’achète. »
Il fit préparer des chariots remplis d’or, de pierres précieuses et de soieries. Puis il se présenta devant le Roi.
— Majesté, dit-il en s’inclinant, voici le prix de ma place dans ton royaume. Je veux y entrer.
Le Roi le regarda avec une douceur qui transperçait l’âme.
— Ariston, dit-il, mon royaume n’est pas à vendre. Aucun homme ne peut en payer l’entrée, car le prix est trop élevé.
Ariston, surpris, insista :
— Mais j’ai travaillé toute ma vie pour cela. J’ai amassé, bâti, gagné. Je peux encore donner davantage.
Le Roi secoua la tête.
— Tu peux acheter des terres, des maisons, des honneurs… mais tu ne peux pas acheter la vie. Tu ne peux pas racheter ton âme, ni celle d’un autre. Ce prix-là, toi-même tu ne peux le porter.
Ariston sentit son cœur se serrer. Pour la première fois, il comprit qu’il était pauvre là où cela comptait vraiment.
Alors le Roi ouvrit ses mains. Elles portaient les marques d’un sacrifice ancien.
— Ariston, dit-il, le prix a déjà été payé. Pas par toi, mais pour toi. Si tu veux entrer dans mon royaume, viens à moi les mains vides, mais le cœur confiant. Je donne gratuitement ce que personne ne peut acheter.
Les chariots d’or ne valaient plus rien aux yeux d’Ariston. Il tomba à genoux, les mains vides, mais l’âme enfin ouverte.