Un matin, un petit oiseau trouva deux graines posées sur
le sol, juste devant lui. Il savait qu'il devait en planter une pour
l'hiver à venir, mais il hésitait : laquelle choisir ?
C’est alors que, chose étrange, les graines se mirent à murmurer.
La
première graine était dorée, lisse et brillait au soleil comme un petit
bijou. Elle s’agita, impatiente, et lança d’une voix rapide et excitée :
—
« Choisis-moi ! Regarde comme je brille ! Avec moi, pas d'attente. Je
pousse vite, je monte haut, et tout de suite, tu auras la plus belle
plante de la forêt. Tout le monde t'enviera. Allez, dépêche-toi,
plante-moi avant qu'il ne soit trop tard ! C'est maintenant ou jamais ! »
Sa
voix était séduisante, pressante. Le petit oiseau sentit son cœur
s'emballer. Il eut peur de rater une occasion en or. Il se sentit
soudain agité.
La seconde
graine était terne, rugueuse, et ressemblait à un petit caillou gris.
Elle resta immobile et attendit que l'oiseau la regarde. D'une voix
douce, comme le bruissement des feuilles, elle dit :
—
« Je ne brille pas, et je ne promets pas de grandir en un jour. Il
faudra m'arroser et patienter. Mais si tu me choisis, je plongerai mes
racines profondément en terre pour te donner des fruits qui ne
pourrissent jamais. Je ne t'offre pas l'éclat d'un instant, mais la
force pour toujours. Prends ton temps, je suis là. »
Sa voix était comme une brise fraîche après une journée chaude. Le petit oiseau sentit son cœur ralentir et se calmer.
Perché
sur une branche haute, un vieux hibou observait la scène. Voyant le
désarroi du petit oiseau qui regardait tantôt l'or qui brille, tantôt le
gris qui rassure, il descendit silencieusement.
— « Petit oiseau, » dit le hibou, « tu es face au grand choix de la vie. »
L’oiseau demanda :
— « Mais Grand-Duc, la dorée est si belle et elle promet tant de choses si vite… Comment ne pas la choisir ? »
Le hibou ferma les yeux un instant et répondit :
— « Méfie-toi de ce qui brille trop fort pour cacher son vide.
Écoute
bien ceci : L'ennemi de ton âme utilise la hâte et l'apparence. Il te
pousse, il te presse, il te fait croire qu'il faut saisir le plaisir
tout de suite. C'est la graine de la Chair : elle explose de couleurs,
mais elle n'a pas de racines. À la première tempête, elle meurt. »
Il désigna la petite graine grise :
—
« L'Esprit de Dieu, lui, utilise la paix et la patience. Il ne crie
pas. Il ne te force jamais la main. Il t'invite. Cette graine semble
pauvre aux yeux, mais elle est riche à l'intérieur. Elle demande du
temps, car tout ce qui a de la valeur se construit lentement. »
Le petit oiseau regarda à nouveau.
La graine dorée criait : « Vite ! Je suis la meilleure ! Ne réfléchis pas ! »
La graine grise murmurait : « Je suis la vie. Je grandirai avec toi. »
Le
petit oiseau comprit alors que l'agitation dans sa poitrine n'était pas
de la joie, mais de l'inquiétude déguisée. Il sourit, écarta doucement
la graine brillante, prit la graine simple dans son bec et alla la
planter près du ruisseau, là où la terre était profonde.
Le hibou hocha la tête et conclut :
— « Tu as choisi de ne pas nourrir tes yeux, mais de nourrir ton avenir. »